Les Pitroux

Fermer C'est quoi un Pitrou ?

Fermer Les perfs

Fermer Le Club

Fermer Nos sites de vol libre

Fermer Soaring et Wagas

Récits de vols
Cahiers techniques
Pitroux Migrateurs
Pitrou Vroup
Ailleurs - Piedrahita (Castilla y Leon - Esp) - 2008

 Par Laurent Soleil. Des photographies dans la Pitrouthèque

Piedrahita 2008 du 21 au 28 juin
 
Semaine aérologique pitoyable en Castilla y Leon. Tout le monde s'accorde à dire que Piedrahita 2008 n'est pas Piedrahita : de Steeve Ham, multiple champion d'Angleterre installé là-bas depuis plus de 10 ans à Joël Favre qui y vient régulièrement depuis 1997 (ouvreur à l'époque d'une manche de coupe du monde), en passant par les pilotes locaux. Des plafonds 1000m en dessous de l'altitude moyenne, des varios de 3 à 4 m/s en dessous de la vitesse moyenne. La faute aux trombes d'eau tombées au printemps. Le sol granitique retient ces masses énormes en surface empêchant le réchauffement du sol. Malgré un temps magnifique sur la semaine et une instabilité de la masse d'air correcte, les ascendances faibles et erratiques n'ont la plus part du temps autorisées que des vols locaux. L'expérience de Joël Favre et la mobilité (4 sites utilisés), nous ont permis quand même de faire beaucoup plus de temps de vol que les autres pilotes régionaux ou étrangers présents sur place. Pour le site phare de Pena Negra, l'aérologie y est de toute façon très complexe et le décollage est constamment sous l'influence de phénomènes aérologiques dépendant de la direction des vents dominants, de l'activité thermique du haut plateau derrière, des reliefs proches, de la course du soleil au cours de la  journée. Beaucoup de facteurs à intégrer et à découvrir accompagné.
 
Vendredi 20 juin : Poitiers-Piedrahita c’est 11 heures de route. On là coupe par une pose vendredi soir à Bayonne chez mes cousins.
Samedi 21 juin « J0 » : Départ 8h15 ; depuis la frontière ça trace bien sur ces magnifiques routes de la péninsule ibérique Victoria Gasteiz, Valladolid, Alicante, Avila. A chacun de mes séjours espagnols, même si c’est l’Europe, il fleure bon cette indéniable saveur de « far west » dans ce magnifique pays taillé pour l’aventure. Des grandes étendues désertes, de petites chaines de montagnes, des plaines infinies. Le ciel est celui des bonnes journées. Arrivée à 14h45. Joël est là avec 3 stagiaires Nanou, Gabriel et André, ils sont arrivés en avion depuis Madrid, via Lyon. En fin d’après midi on va repérer « the » déco (Pena Negra), bien qu’il y en ait une multitude d’autres dans la région, toutes orientations, toutes altitudes.
De mémoire d’espagnol, jamais le pays n’a été aussi vert, les sols sont littéralement imbibés et les varios et plafonds en pâtissent. Pensez-donc, quand on arrive en fin d’après midi au site Sud-Est du Col de Chia, pour un soaring espéré, deux espagnols sont en cross en dérive vers le Nord-Ouest et n’atteindront que 3500m. 68km en deux heures. A cette heure, le vent est complètement travers on ne sort pas les voiles. La veille des vols de 120 km avaient été effectués. Le soir fête de village, costume traditionnel, spectacle, les familles dehors, ambiance bon enfant. Daniel et Stéphane, père et fils venus de paris, nous rejoignent en toute fin de journée, le groupe est au complet (7 plus Joël Favre)
Dimanche 22 juin « J1 » : La météo indique du sud-est et l’on cible un site à 105 km, Pedro Bernardo (1000m), pour éviter la surfréquentation d’un site voisin, lieu ce jour-là d’une compétition de la Ligue de Madrid. Le déco est coincé entre deux couches d’inversion qui ne perceront jamais. Seul un delta parti d’un peu plus haut arrivera à faire un plafond raisonnable. Posé en groupe dans la pleine par 33°C .
Déroutant ces conditions météorologiques, et peu fréquentes dans cette région habituellement beaucoup plus généreuse. Déroutant aussi l’aérologie générale. Pena Negra est un site ONO il se pratique pourtant par des conditions SO à SE, soit des fois sous le vent, lorsque les brises de pentes, violentes l’alimentent et repoussent le vent bien au-dessus de la crête. Après 14 heures le décollage est généralement impraticable.
On remonte, après un magnifique parcours routier, au col de Chia (1900 m) visité 24 heures. Je joue le fusible en décollant par un vent relativement fort. C’est le bonheur d’un soaring face à la Sierra de Gredos encore bien enneigée.. Là encore étonnant, nous sommes sur une face SE donc à l’ombre à cette heure tardive et pourtant une restitution d’enfer, permet de prolonger et terminer agréablement cette journée un peu frustrante.
Lundi 23 juin « J2 » : La météo prévoit un net changement de conditions, masse d’air et direction du vent, il semble possible enfin de tenter quelque chose de Pena Negra par une dérive théoriquement confortable de SO en s’appuyant sur le relief . Parcours classique jusqu’à Avila de 60 km, seule difficulté en principe le passage du col de Vilatoro. Peine perdue en milieu de journée vent beaucoup trop fort pour espérer un cross serein et lorsqu’on revient sur site après un interlude aquatique dans un fond de vallée voisin, ce sont des surdéveloppements qui nous accueillent. Je parts le dernier sous le tonnerre proche et les premières zébrures de foudre visibles derrière le déco. Glissade de 8 km direction Piedrahita en espérant décaler des bulles partant de la plaine. Mais seul Stéphane parti un peu avant tout le monde pourra enrouler de modestes varios, sur un sol légèrement ensoleillé. Le soir le front orageux envahira toute la région arrosant encore un peu plus le sol.
Mardi 24 juin « J3 » : Les feux sont au vert, ce doit être le premier jour « normal » de la semaine, soit des plafonds, pas de risque orageux et une instabilité de la masse d’air en basse couche générant des thermiques nombreux et possibles à exploiter, une inversion en très haute altitude interdisant les surdéveloppements. Les plafonds seront pourtant assez modestes, pour la région (2810m pour moi, 2966m pour Joël). En fin de matinée, les conditions ne sont pas encore au rendez-vous, aussi on improvise un vol sur les crêtes histoire de reconnaitre les passages de l’après midi. A ce petit jeu là c’est Benoit qui s’en sort le mieux, en restant pendant près de deux heures, en altitude, le reste de la troupe se vachant un peu partout dans la vallée. Joël lui demande de revenir vers le déco, pour nous donner les conditions. Il est environ 13h30 et le lieu est encore décollable ce qui est très rare. Les conditions sont donc exceptionnellement douces. On décide de remonter tous rapidement et de tenter  l’itinéraire classique vers le « Puerto de Villatoro » et Avila à 60km. Itinéraire qui ne s’avérera vraiment pas évident à cause des faibles plafonds (le sol est entre 1600m et 1000m) et d’une aérologie déroutante pour ceux qui ne connaissent pas les lieux. Heureusement Joël est là et surveille et conseille ses ouailles. On part à 14h40, en groupe direction NNE, Gabriel lâche le morceau assez vite et le reste du groupe se retrouve à l’approche du col après 2 heures de bataille et seulement 16km, il faut passer par sa face au vent bien sûr, mais remonter au-delà pour éviter les dégueulantes derrière. Je sais que la réussite d’un vol se fait plus au mental que part la qualité de pilotage et ça m’arrange bien vu mon niveau. Je ne lâche rien au col malgré des points bas et des cycles très espacés, Joël en tête que j’ai essayé de suivre depuis le début à déjà détecté mon incapacité à aller complètement au plafond, un problème de placement dans la masse d’air quand le thermique s’élargit, un pilotage trop freiné et pas assez dynamique. Il m’attend quand même, et alors que toute la troupe sauf André, se vache au pied du col je chope la confluence sous un bon gros nuage qui me tire jusqu’aux barbules enfin. Je perds Joël en visu mais l’axe m’est donné par le GPS, on prend maintenant une direction Est. 2h30 pour faire 18km !!! On transite sur 12km en perdant notre « crédit altitude » et on se refait sur des avant reliefs orientés Nord-Est, pas l’idéal vu l’axe du vent passé en Nord-Ouest et à chaque fois des points bas qui me font douter, d’autant que Joël est souvent beaucoup plus haut dans des nuelles, il m’attend, fait les oreilles et me relance pour la transition suivante. Tout cela se passe à 1200m sol pas plus. André 5km derrière nous et plus bas fini par lâcher. On continu vers Avila que l’on aperçoit et la camion de récup avec le groupe dedans n’est pas loin derrière nous. Glissades gains, point bas, doutes, lecture du sol, Joël le pédagogue transmet tout son savoir à la radio, gère l’itinéraire du camion en Espagnol à « la Chauffeur » locale Esther. On décide de rentrer sur la plaine en écourtant le vol, pour permettre un vol de restit à l’équipe. En plein milieu sur azimut Nord vers le camion ça monte partout sur les 3km à faire. Mieux à l’aplomb de l’attero improvisé on enroule à 18h45, un gros pétard pour le fun, mais pas jusqu’en haut, de là Avila est largement atteignable, mais, il en faut pour tout le monde. Joël nous explique que c’est complètement normal et que la solution était la plaine après le col, mais il m’avait laissé l’initiative de l’itinéraire. Belle journée d’apprentissage et 55km en 4h10, dur, dur !!!
Demain, Mercredi, la masse d’air continuant à s’assécher, ça devrait « péter » beaucoup plus haut…
 
Mercredi 25 juin « J4 » : Au déco on voit toujours cette désolante brume sur la vallée signe d’une très forte inversion, l’espoir est que le couvercle saute. Cette région d’Espagne est confrontée à un fort phénomène de subsidences (compression de la masse d’air), par retour progressif d’un gros anticyclone  et comme les sols sont complètement imbibés. On part toujours vers le Nord Est, mais sans espoir aujourd’hui de passer le col car les plafonds sont encore plus bas que hier (2400m pour moi et Benoit, 2600m pour Nanou et Joël). Les premiers vachés se posent à Piedrahita. Joêl, Nanou et moi arrivons au abords du col, mais beaucoup plus bas que la veille placés volontairement sur le fond de vallée. Benoit, pas dans le même tempo assure les plafonds sur les crêtes, histoire de prendre des photos souvenirs. L’espoir compte tenu des conditions est plutôt dans la plaine de Piedrahita. On se place au-dessus d’un terrain qui vient d’être fauché. Les nombreuses heures de vol de mes voisins font merveilles, il se refont patiemment tandis que je yoyote entre 100m sol et 300m sol. Le ballet dure un bout de temps mais n’est pas très productif. Alors que je suis très bas et que je dis en radio que ça sent le roussi, en m’approchant du champ posable, je prends un truc pas très fort et en soignant mon pilotage au mieux, finalement je reprends 1000m (2100m), alors que Joël et Nanou n’ont plus rien, que Benoit les a rejoint, que le camion de récup avec le reste de l’équipe est en approche, le thermique me tire vers une petite vallée cul de sac, aussi je décide de partir vers l’ouest face au vent, sur un plateau. Là encore alors que sur l’abord du village je pense me poser, je prends à nouveau un thermique. Il me remonte à nouveau vers l’Est et le relief , sans espoir de faire de la distance. Joël me demande de me poser, je rebascule sur l’aplomb du camion, fait les oreilles et me pose. On part 50km au sud sur un déco à 2300m pour espérer faire un vol du soir au-dessus de la couche d’inversion. Là-bas au pied de cette station de ski, l’accès aux pistes est impossible, barré par des barrières, on est obligé de décoller  plus bas que prévu, sur de très belles combes. Joël teste la masse d’air et ça porte. Je parts le premier et ça marche, je reprends du gaz et peux même survoler le déco. Joël s’y repose pour assister le groupe. Je les vois tous partir en grappe et ne rien prendre, ils vont se poser dans cette très belle vallée, éclairée par des lacs au soleil couchant. Je demande en radio un bon de sortie, vent dans le dos direction Piedrahita à 40km, en suivant un axe routier qui facilitera la récup. Commode d’avoir maintenant un GPS avec cartographie, je signale vite mon axe et le lieu où je suis, avant de ne plus avoir de liaison radio. Il est presque 20 heures et l’air me porte à environ 15, 20 de finesse, mais sans pouvoir enrouler quoi que ce soit. L’espérance d’un retour en vol vers Piedrahita s’envole vite. Un été normal c’est pourtant le genre de chose possible dans cette région, on peut se trouver satellisé, à plus de 3500 m à 21h00. Tel n’est pas le cas cette année. Je me laisse glisser sur l’axe de la route le plus loin possible, je plie et l’équipe arrive à ma hauteur, 1h00 plus tard. Arrivée tardive à l’hôtel.
Jeudi 26 juin « J5 » : Toujours les mêmes prévi, pas folichonnes du tout. Mais météo blue parie pour une disparition de l’inversion, tandis que NOAA confirme la même masse d’air que la veille. Que penser, que faire ? Le vent en altitude de Sud Est, passant Sud Ouest venant des plateaux devrait chapeauter la plaine interdisant à nouveau à la convection de se faire normalement. Joël choisit d’aller sur un site éloigné en Sud, mais en altitude donc normalement au-dessus de l’inversion. Il connait bien le coin pour avoir été ouvreur sur une épreuve de coupe du monde en 1997 et avoir fait le point de contournement sur un lac tout proche.
Peine perdue, pas un souffle d’air. On décide de monter encore plus haut sur la station de ski ou on était la veille au soir « La Costilla ». Au déco 25 en moyenne, 39 à 41 en pointe. Le vent météo est là, mais pas de nuages dignes de ce nom matérialisant une bonne convection, de toute façon derrière nous la vue est floue et un couvercle matérialise l’inversion. Plus on attend que le vent baisse, plus la convection semble faible. Joël prend l’air pour tester la masse d’air. Il fait la méduse scotché au vent du relief, visite les combes voisines et se pose un peu plus haut sur une pente plus face au vent. On le rejoint mais c’est toujours aussi fort. Le posé en vallée est impossible vue les poussières émises par une carrière, le départ vent de dos est dangereux compte tenu des gains trop faibles. Je décide que c’est ma journée de repos et que je ne sortirais pas l’aile. Seul Benoit sort sont aile pour un vol méduse de 50mn. Joli travail de pilotage en finesse pour un posé déco pas facile, mais sans encombre. La route du retour est libre, toute l’Espagne est collée derrière le petit écran, demi finale de l’Euro Foot oblige.
L’hôtel d’en face s’est peuplé de 12 japonais, dont le pilote d’essai Gin ayant été le premier Japonais vainqueur d’une manche de coupe du monde (classé 5em à la X’alps 2007). Joël le connait bien car il a été entraineur de l’équipe national du Japon, accolade et joie de retrouvailles imprévues. Ils viennent de Castejon (épreuve de coupe du monde) et Ager, ils ont traversé un gros orage à hauteur d’Avila, qui correspond au gros cunimb que l’on voyait depuis La Costilla. Cela confirme bien ces conditions très bizarres que l’on subit depuis le début du séjour : une couche d’inversion qui ne perce que très rarement et uniquement sur les plus hauts reliefs pour déverser alors toute l’énergie latente retenue dans la plaine. Ils sont montés en milieu d’après midi au déco de « Pena Negra » beaucoup trop ventilé, donc pas de regret, il n’y avait rien à faire aujourd’hui. Pourtant le vent a permis un brassage d’air, plus important que les autres jours, on espère pour vendredi, dernier jour du stage, le retour de conditions normales ?
 
Vendredi 27 juin « J6 » : On a poudré les Japonais et les Espagnols. Grande bataille aérienne  dans le ciel de Piedrahita. Joël Favre déploie tout son talent de stratège et envoie ses troupes au combat : Benoit sur les crêtes, en surveillance (2 heures de vol), Daniel en observateur avancé sous un nuage, à 2300m, 2 heures de vol dans la plaine tandis que le kamikaze  Kaoru Ogisawa en Boom 5 (dit PLAYMOBIL, 5em de la X’Alps 2007) va se casser les dents face au vent qui tourne subitement de 180° sur le col de Vilatoro, à km 16. Sa formation se disperse dans la campagne environnante. Les espagnols sans stratégie dégoulinent piteusement des combes et pentes à l’aplomb du décollage.  Les Japonais n’ont pas eu le temps de reconstituer leur troupe qu’une deuxième salve repart du décollage avec moi, comme fantassin. Parti dans des conditions enfin favorables, je sillonne la plaine vers le Sud prenant à revers les lignes ennemies. Celles-ci capitulent rapidement. La timbale donc aux français devant la cohorte suréquipée. Pas de quoi pousser un trop gros cocorico quand même, tant les conditions faiblardes ont limité la distance, 26km en 1h30 , 2700 de plaf soit beaucoup trop peu pour passer en sécurité, les reliefs de la Sierra de Gredos aux abords desquels je décide de me poser.
Le stage est fini, sur une touche légèrement frustrante coté distances parcourues, mais quelle belle ambiance au cours de ce séjour très formateur

Date de création : 25/06/2008 : 10:17
Dernière modification : 25/10/2013 : 09:14
Catégorie : Ailleurs
Page lue 5160 fois

Imprimer l'article Imprimer l'article


react.gifRéactions à cet article

Personne n'a encore laissé de commentaire.
Soyez donc le premier !


Spécial

Offrez vous un baptême en parapente
pour 25€ de plaisir 
ici un exemple filmé
http://vimeo.com/11399816

Possibilité de baptême pour les handicapés moteur (décollage assis - chariot special) 
http://vimeo.com/61057087


Des photos, d'aventures ,
de voyages et
de sessions week end,
c'est ici 

Par
Laurent Merle :
https://www.flickr.com/photos/laurentmerle/albums/with/72157663277911879

photos : galerie Picasa 
galerie Parawing (archives)
Films : sur Viméo
 sur Youtube

Par Laurent Soleil
photos :  galerie Parawing et https://picasaweb.google.com/111119434435114929995
Films : https://vimeo.com/user36431475

Connexion...
 Liste des membres Membres: 129

Votre pseudo:

Mot de passe:

[ Mot de passe perdu ? ]


[ Devenir membre ]


  Membre en ligne: 0
  Anonyme en ligne: 1

Total visites Total visites: 624751  

Record connectés:
Record connectés:Membres: 9

Le 06/07/2009 @ 17:32

Record connectés:Cumulé: 160

Le 14/05/2012 @ 16:03

Visites

   visiteurs

   visiteur en ligne

Webmaster - Infos
^ Haut ^