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2008 - Jeufosse en mai

Par laurent Soleil (pleins de photos dans la Pitrouthèque)

 Cette semaine là elle était programmée de longue date, une semaine de congés posée pour tenter quelques beaux vols. C’est la pleine lune et souvent c’est l’occasion d’un basculement du vent au nord. Tendance largement favorable au vol de distance en plaine. Un vieux truc de marin, maintes fois confirmé par Franck Arnaud, le pilote de plaine français qui détient de loin  le plus grand nombre de vols au-delà des 100 km (il a fêté le centième en septembre 2006).

·         Samedi 17 mai :  la tendance se confirme. Ce que j’avais vu arriver sur les cartes isobariques en milieu de semaine est bien là. Le système classique se met en place, et je constate avec joie dans mes archives météo que l’emplacement de l’anticyclone, la position de la dorsale, celle de la dépression sur les Alpes ressemblent bigrement aux meilleurs journées possibles au départ de Jeufosse (78), Marais Vernier (27) ou St Marc d’Ouilly (14). Comme je ne suis ni météorologue de profession,  ni grand devin, j’approfondie ma recherche sur Internet par l'étude de quelques données prévisionnelles complémentaires. Qualité de la masse d’air, nébulosité, direction du vent à différentes altitudes, facteurs de convection…

·         Dimanche 18 mai : Le bulletin Vol à Voile confirme les hypothèses. Je parie sur une bonne journée Lundi avec quand même des risques de nébulosité,  une excellente Mardi, Mercredi devrait être encore très bon. Un SMS à Franck pour savoir ce qu’il en pense. Réponse : « venez tout de suite c’est énorme ce qui se prépare ». Il est plus optimiste que moi pour le lundi. On choisit Jeufosse, l’atomique

·         Lundi 19 mai : 8h15 Buxerolles,  je dépose bébé à la nounou, Benoit Séchet est là avec son matos et son talent de pilote. 3h30 de route par l’A10 puis l’A13.  Le ciel s’est dégagé à une vitesse incroyable après le mauvais temps d’hier. Bon signe ? Sauf que le vent nous parait quand même très fort. Le téléphone sonne à quelques encablures de Jeufosse.  C’est Franck

« Vous en êtes où de la route ?

On arrive on est dans la cote

Vous avez amené une scie ?

Non, pourquoi ?

Martin (Morlet) est dans les arbres, il s’est fait reculé »

On n’est qu’à moitié étonné vue la gueule des peupliers et autres drapeaux publicitaires sur les bords de route.

Quand on arrive l’aile a été déjà décrochée par Marco, sportif et grimpeur émérite. On n’en revient pas avec Benoit mon compagnon de voyage qu’il y ait aussi peu de monde. Certainement le vent un peu fort annoncé, sauf que le lendemain, il était annoncé faiblissant et qu’il sera pourtant du même acabit…et qu’il y aura 5 fois plus de monde. Toujours pareil avec les prévi météo, à plus ou moins 5 knt, plus ou moins 15° de dérive, bref dans le doute, ne jamais s’abstenir. Marco (Leva---?), Franck (Arnaud), et Martin (Morlet) et nous deux, seulement 5 pilotes ! L’endroit est chargé d’histoire car c'est le point de départ des meilleurs distances françaises jamais réalisées en plaine. En plus le site est grandiose, ouvert vers la Seine et les plaines franciliennes.  Séquence émotion pour nous autres du Poitou en découverte des lieux pour deux jours.

On a préparé un peu notre visite et on connait les règles de fonctionnement  - site ouvert uniquement aux pilotes ayant déjà dépassés les 50 km de distance – code secret des cadenas attachants les barques nécessaires pour revenir de l’ile (le seul attero possible) si l’extraction ou le posé derrière le déco sont impossibles. Pression, pression.

Jeufosse est un site généreux, mais le couloir est étroit entre la TMA de Paris et la CTR d’Evreux

Au bout de 43km, le couloir s’ouvre enfin vers des possibilités de distances énormes, mais à km 70 le Perche est une région difficile à dépasser car très humide, au delà c’est Le Mans, Angers ou la TMA de Rennes, mais on n’en espère pas tant.

Le fameux couloir de Jeufosse entre la CTR d'EVREUX et la TMA de Paris (plancher 1650m)

coulior.jpg

 12h00, dans un ciel australien, Marco et Franck s’extraient à vitesse grand « V » dans des conditions , un peu limites pour notre niveau. Martin décolle lui aussi, mais pendant un moment il zone assez bas face au vent ? La balise du site des Deux Amants annonce 33 à 47km/h !!!! Daniel Vincent Genod arrive et rennonce dès qu'il voit la gueule des manches à air. Bon ?

Attendons que ça se calme

jeuf.jpg

 

On décide de se restaurer et voir comment ça évolue. 2h00 après, Martin en prise avec quelques soucis techniques (ce ne sera pas sa journée), revient d’un posé derrière le village, il n’est jamais arrivé à monter comme il faut , il est vraiment "fumas". Franck et Marco sont déjà loin et ont bénéficié de magnifiques rues. On ne les a plus en radio depuis un moment. Je décolle à 14h03, moins de 10 mn après Martin et suis catapulté à 1386m à 14h15, Jeufosse quoi. Trop facile !

Je dis en radio à Benoit que j’essaye de temporiser sous mon nuage pour l’attendre, mais il n’arrivera jamais à s’extraire, en prise avec une dégradation des conditions. La désolation, c’était notre seule chance de voler ensemble, car demain il doit me suivre en voiture si je parts à nouveau en distance, et mercredi c’est moi qui doit le treuiller depuis Assais. La régle du jeu que l'on avait établie.

Voler avec un champion ?

Martin.jpg

 

 Martin est un nuage devant moi et je me dis que ce serait sympa de faire un bout de chemin ensemble, je transite et lui aussi, donc forcément impossible de le rattraper. Bien que ? Il y a peut-être une solution ? A la con, vraiment à la con, mais il y en a une. Si si. 

Le détail : pour lui une transition dans une sacrée dégueulante. De loin je pense qu'il cherche un champ pour se poser, il est tellement bas. Mais je m'approche petit à petit et me rend compte qu'il zone en fait au devant d'un petit relief. Je fais tout pareil que lui au lieu de me dérouter, en espérant trouver une zone favorable. Allons enfants au tas allégrement ! Irrépressible tropisme, panurgisme stupide ? Du grand n’importe quoi. Comment exploiter la même erreur (involontaire) que celui qui vous précède. Il est sacrément au radada quand je le rejoins à  la Garenne sur Eure sur cette minuscule bosse boisée, mais continue et pile face au vent. 121 m QNH (64 m QFE). J’estime la position de Martin un peu dangereuse, car des haies d’arbres, une ligne électrique sont au pied du relief.

Martin en grosse difficulté

  Point_bas.jpg

 

 Chaud, chaud en cas de « vache ». Je me dis que tant qu’à poser, il vaut mieux passer la combe qui coupe ce relief en deux, au risque de se vacher prématurément. Martin reste sur la partie Ouest. Là où je suis l’espace est libre, pas de risques de rouleaux et la mini pente a un bon rendement. Cela tient un peu, je bataille, freiné à VZ mini en appui sellette droite/gauche au grès des soubresauts de la masse d’air, je relâche quand je sens du positif devant, quelques virages à 90° plus tard, en soaring je monte un chouia et soudain un petit pétard qui sera mon salut si je m’y accroche comme un morpion à….

Kailash 26 bivouac la « Reine du Noyau » ? Je dis oui, ce ne sont pas que des « on dit » . Quel bonheur de précision, de rapidité et d’efficacité sur la plume (pourtant que ma sellette est mal réglée). Il me monte mon petit vélo et m’indique ce qu’il faut faire pour se sortir de ce piège, il me parle, je l’écoute et monte, monte pour prendre l’ascenseur jusqu’à 1200m. Pour être encore plus en phase avec l'aile et par ce que je sais que le ciel ne me donnera pas une autre chance,  je pilote avec les yeux fermés, les oreilles attentives au son du vario, les mains aux indications données par les drisses.  C'est de temps en temps ma façon de faire quand je suis en très mauvaise posture, mais loin du relief et seul dans l'ascendance. Quelle joie de s’extirper d’un truc pareil ! Martin bataillera encore un bout de temps, mais s’en sortira aussi (vraisemblablement 40mn, tout au mental). Je vais pouvoir continuer, mais seul, cette petite découverte du Pays. Pas de repères précis si ce n’est le fameux point de la CTR d’Evreux, mais tout se déglingue sur le cockpit. Au plaf, par 3 fois de suite, opération à cœur ouvert de mon GPS, qui « tilt ». Je sors les piles les remets, la seule solution de le faire redémarrer et qu’il communique avec le Palm qui m’indique la route, la dérive moyenne (angle et vitesse) et tout le saint glinglin. Vert de rage. C’est déjà assez dur pour moi de faire un tant soit peu de distance, alors si le matos ne répond pas ?

Je ne sais vraiment pas si je suis sur l'axe idéal, mais en tout cas la masse d'air est belle, et je me sorts assez facilement de chaque points bas. L'étude à postériori de mon tracé montrera que j'ai beaucoup trop exagéré le crabage et qu'il était finalement complètement inutile. Pire en cas de grosse distance, il m'aurait conduit sur la TMA d'Orléans.

Crabage.jpg

 

Trace.jpg

Maintenant il est 15h00 et il fait presque nuit, fini le ciel Australien, bonjour la grisaille Ecossaise. Plus de soleil sur le sol. Quelques rares risées sur les blés m’indiqueront des zones favorables pour faire de nouveaux point hauts. Dès que je suis au plafond j’essaye de me coller aux nuages les plus gris, même si j’ai peur de me retrouver sous la pluie tellement ça se ferme et ça s’obscurcit. Comme souvent un point bas avant une forêt me barre la route, je reprends un peu de hauteur en lisière, mais pas assez pour espérer la traverser, en plus à cette altitude ça tabasse fort. Je me pose même pas déçu, vue la bâche devant. 55km parcourus, Martin en aura fait 35, Franck 52 et Marco qui aura bénéficié d'une petite tâche de soleil sur un village, 72km. Benoit me récupère, demain ce doit être encore mieux ?

Le soir, chez Franck, on regarde sur grand écran le film qu’il a réalisé pendant son vol du jour, grandiose, en bonus la « Quixada » de Martin (expression utilisée par le milieu pour décrire un pilote qui se fait reculer).

C’est l’alerte rouge, ça sonne de partout, pour demain les indicateurs sont tous au maxi et le microcosme du parapente de plaine se mobilise. Tous les meilleurs seront là sauf Franck en partance pour Nice, Patrice Quillet. (qui se rattrapera le lendemain) et Martin victime d’une rage de dent.  Denis Cortella en visite sur Paris, se fait prêter par Roberto Fernandes son ancienne Trango.

 

  • Mardi 20 mai :  Le D Day ? Les pilotes normands et Franciliens sont donc au rendez-vous,  la masse d’air magnifique aussi, le vent est aussi fort que hier. Premières barbules vers 11 heures, puis les rues s’organisent. Le spectacle va commencer

Carte isobarique du 20 mai

 bracka20080520.gif

 

Photo satellite du 20 mai

 

 0520_1307.jpg

Benoit et moi on est comme des gamins dans un magasin de jeu. Autant de grands noms réunis ce jour pour repousser leurs limites. On passe notre temps à prendre des photos. C’est encore Marco qui  fait le fusible à 12h25 . Maxime a tenté à 11h45 et s’est ravisé, ça «tartait» ni plus ni  moins que la veille quand Marco et Franck sont partis, mais bon tout le monde est rentré dans sa coquille. Et comme souvent, et parce que ça s’était  calmé un tout petit peu, toute le monde s’est précipité à la suite de  Marco. Olivier Michielsen, 12h26, Cortella 12h28, Maxime Bellemin à nouveau à 12h30, Marc Mutti 12h37,  Didier de St Etienne 12h42. Roland Wacogne n’est arrivé qu’à 12h30 et n’a décollé  qu’à 13h00. Le temps de se préparer. Gros mérite d’avoir raccroché la tête de la meute. C’est le dernier qui a  bénéficié des conditions canons pour s’extraire. On était plus que 3 à décoller et ça n’a pas été de la tarte. Il valait mieux avoir une  voile rapide et sécurit. « Marco le fusible » était encore sur zone à 13h37, je l’ai entendu gueuler de rage, moi ça gueulait de l’intérieur. Quel gâchis ! A pleurer ! Alors que mon salut, compte tenu de nos impératifs horaires (retour à Poitiers à 20 heures), était de sortir le plus tôt possible. J’ai été  spectateur au lieu d’être acteur…Passer cette phase favorable, les cycles étaient forts mais très couchés. Je renonce à deux chances qui se présentent à moi par peur de me retrouver trop bas sous le vent du relief et perd tout espoir de raccorcher un dès groupes que j'ai en radio. Extrêmement frustrant à vivre.

Décollage de Martin Morlet le lundi 19

amphitheatre.jpg

Marco et sa vieille Magic 1, finissent par s’extraire, j’arrive sous lui trop tard pour chopper son cycle, puis une Golden (score 60 bornes), et moi qui sort finalement le bon dernier de cette journée, largement sous la Golden complètement à la ramasse, sachant de toute façon que je n’ai  plus que 2 heures de vol autorisées. Le GPS que Benoit m'a prété (le mien définitivement en panne) n'est pas positionné sur le bon écran, je ne comprends rien aux indications (je n'ai même pas la vitesse sol qui pourrait me donner la meilleure dérive)  et sans repères connus au sol, je prends la mauvaise direction. J'essaye de me balader dans son menu, mais peine perdue. Patatras dès la sortie du cum qui  m’a tiré fort à l’ouest (trop), résultat 14 km, posé à quelques centaines de mètres de la CTR.  Une belle leçon, un beau gâchis. 

9 pilotes dépasseront ce jour-là 150 km ! Roland avec 163km bat son record personnel en faisant le 3em meilleure score et Maxime Bellemin et Olivier Michielsen frôlent les 200km (195 pour Maxime qui pose à La Fleche). Aux environs de Tours, on les a eu en radio au retour sur Poitiers,  ils étaient entre Le Mans et Angers, alors on s'est pris à rêver d'un vol où il pouvaient passer le Loire (déjà fait par Julien Dauphin qui avait scoré 270km) et tutoyer son record de 311km. Mais Franck qui est resté en liaison téléphone toute la journée, en contact avec ceux qui s'étaient vachés, avait très vite compris que la vitesse modérée de la dérive et surout la tactique de vol ne conduiraient pas à une très grosse perf. En effet, les  pilotes en vol de groupe, sauf à se fixer les régles strictes utilsées par Martin, Julien et Franck, font qu'en général le groupe se rassure et assure, baissant de manière importante sa vitesse moyenne. Il pense quand même que les 250 km étaient possibles en partant un tout petit peu plus tôt, pour un pilote seul ou du moins concentré sur ce seul objectif et regrette d'autant plus son indisponibilité. Mais pour ces sympathiques et solidaires pilotes l'envie d'un vol groupé et sa réalisation est tout aussi magnifique.

Première transition du groupe de tête le mardi 20 (photo R.Wacogne)

premiere_transition.jpg


Date de création : 28/05/2008 : 22:09
Dernière modification : 02/09/2008 : 13:42
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photos :  galerie Parawing et https://picasaweb.google.com/111119434435114929995
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