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2006 - 10/08/06 Deux vols d'anthologie

Par Franck Arnaud et Julien Dauphin - Article paru dans Parapente Mag

LA GRANDE TRAVERSEE …
Début août Julien Dauphin et Franck Arnaud ont traversé une partie de la France, du Nord au Sud, en parapente. Récit d’une très belle aventure…
  
Nous avons toujours eu plein de projets parapente : nous rêvons de parcourir la France dans tous les sens, de trouver un axe de vol permettant d’aller toujours plus loin, de survoler de nouveaux paysages, de poser en toute fin de convection, dans les lumières rasantes du coucher de Soleil… Lors de la première édition de la « X-Alps », nous nous sommes mis à rêver : pourquoi pas une « X-plaine » ?
Ces projets sont autant d’occasions de renouveler notre passion de voler. Combien de fois, après un beau vol, nous sommes nous demandé : en quoi ce vol fut si différent des précédents ? Qu’est-ce-qui le rend unique ? Le plaisir de voler est aussi celui de faire des vols différents (soaring, cross, compétition, vol bivouac, vol biplace, montagne, plaine, bord de mer…). Voler est fondamentalement une invitation au voyage, une occasion de sortir de chez soi, de partir à l’aventure, de faire des rencontres inattendues…
Le départ
Comme la majorité des pilotes de plaine, nous avons peu volé cette année en raison de la météo. Début août, Julien avait à peine 25 h au compteur, et guère plus de 15 h sous sa nouvelle Ultima 3 : « je n’avais que 2 semaines de vacances et j’ai décidé de consacrer la première au parapente, à voler en compagnie de Franck ». La chance est avec nous : la météo annonce des conditions de Nord pour toute la semaine, dans un flux coincé entre un anticyclone, situé sur le proche Atlantique, et (hélas !) une dépression sur l’Est de la France qui génère des retours humides aux évolutions aléatoires. Ces conditions nous permettent d’envisager le projet qui nous tient le plus à cœur : traverser la France en parapente du Nord vers le Sud. En 2002, Franck a déjà rallié la Haute Normandie à la Dordogne en 3 jours. L’Est de la France étant encore pris dans les retours humides de la dépression, il faudra passer par la façade ouest. Nous décidons de partir en train jusqu’à notre point de départ, au sud de Caen…
 
Vendredi 4 Août
OMG (Olivier Martin Gambier) nous récupère à la gare d’Alençon et nous partons faire une première tentative depuis le site d’Aunay sur Odon, en Basse-Normandie. Malheureusement, les conditions ne sont pas au rendez-vous et il faudra attendre le lendemain. OMG nous propose de passer la soirée et la nuit dans sa maison voisine en compagnie de sa famille. Une soirée très chaleureuse, loin de la grisaille Parisienne : rien que ça, c’est déjà du bonheur !
Samedi 5 Août
Le ciel se charge rapidement. Nous décidons malgré tout de tenter notre chance depuis le site de St Marc d’Ouilly. Des éclaircies timides puis plus franches nous permettent de nous extraire vers 13h30 avec OMG et Roland Wacogne. Nous recevons alors Maxime Bellemin et Martin Morlet, en radio, qui ont déjà parcouru 50 km depuis le site du Marais Vernier, proche du Havre. La masse d’air est très hétérogène. Les retours d’humidité liés à la dépression génèrent des plaques de cirrus,
d’altocumulus et même de stratocumulus localement. Ces étalements piègeront rapidement Martin et Maxime qui poseront 20 minutes après notre contact radio. Julien ouvre la marche et vole un peu trop vite ce qui le posera au kilomètre 88. OMG et Roland poseront peu après. Franck, plus patient, réalise un très beau vol en posant aux portes d’Angers, après plus de 150 km : « La première partie du vol fut difficile, explique Franck, en raison d’une forte nébulosité mais vraiment sympa car nous étions quatre, et les vols de groupe en plaine sont rares. Une pure randonnée aérienne, qui, au km 50, nous a fait passer à la verticale du lac, des rochers et du casino de Bagnoles de l’Orne
. Passée cette petite oasis jet-set, perdue dans un désert tout vert, nos chemins se sont séparés. Au km 98 je manque de poser mais la volonté d’ajouter un 35e vol centenaire à ma collection de vols de plaine et une bonne apnée à quelques dizaine de mètres du sol m’ont permis de poursuivre. J’ai survolé Ebron, l’autoroute Rennes-Le Mans, puis Sablé-sur-Sarthe et suivi le fleuve, rebondissant sur ses thermiques de bord de rive. Vers 19h00, Angers est apparu, dans une lumière magnifique ».
 
Dimanche 6 Août
Franck poursuit : « Ma volonté était de re-décoller d’Angers dés le lendemain, depuis la base de treuil, pour tenter de me rapprocher de Poitiers en vol. D’autant que les prévis étaient idéales sur le pays de Loire. Hélas, malgré toute sa bonne volonté, Patrick Tézé n’a pas réussi à rassembler une équipe de treuilleurs. Après une nuit passée à l’hôtel Terminus proche de la gare (très bon rapport qualité/prix, en dépit de l’absence de pain au petit déjeuner !), je suis parti pour Poitiers en train.
Ce dimanche là-bas fut maussade, alors qu’à l’Ouest un ciel bleu azur était pavé de cumulus. J’ai quand même fait un petit vol de 40 km sous un ciel couvert d’épais cirrus. »
Lundi 7 Août
Les conditions se dégradent à nouveau : la dépression regagne du terrain repoussant l’anticyclone sur l’Atlantique. Pluie et nuages… Nous repoussons notre projet à mardi car la météo annonce une franche amélioration derrière un passage de front.
 
Mardi 8 Août
Au tour de Julien de prendre les choses en main : « Nous repartons en train pour décoller depuis le site de Jeufosse. Nous sommes au décollage à 11h00 mais le front passe plus lentement que prévu et le ciel se couvre totalement. Par ailleurs, le vent est très travers Nord ce qui risque de nous poser des problèmes pour contourner les espaces aériens de Paris, Chateaudun et Tours. Après une bonne sieste, nous décollons, vers 14h30, alors que des éclaircies commencent à s’élargir. A cette heure tardive, nous décollons plus pour sauver la journée que pour faire un grand vol… mais, sait-on jamais…
« Le début du vol fut extrêmement difficile, explique Julien, à cause des étalements nuageux. De plus, la dérive que nous contrions fortement, nous obligeait à effectuer de nombreux sauts de rues de nuages. Les conditions se sont améliorées vers le km 60, à l’entrée du Perche (région ordinairement très humide). Dès lors, nous avons volé sous des rues de nuages avec Daniel Vincent-Genod, jusqu’au km 150. Vers 18h30, la convection s’est ralenti … ça sentait le plané final. De petites bulles à 0,2m/s me maintenaient en l’air, alors que des voiles de cirrus mettaient tout à l’ombre. Daniel venait de se poser au km 186, quand mon vario s’est remis à bipper de plus en plus fort… Un miracle ? Non ! Juste la restitution qui venait de se déclencher, accélérée par le passage à l’ombre dû aux cirrus. A partir de là je me suis laissé porter par une masse d’air de velours , survolant essentiellement des forêts, exploitant la convection jusqu’à l’extrême limite. Les ombres au sol grandissaient à vue d’œil et les couleurs étaient splendides sous les lumières rasantes du soleil couchant. Je me suis posé à l’entrée de Saumur à 20h45 après un vol de 230 km en 6h40. Il était trop tard pour prendre le train ce soir là, j’ai donc passé la nuit dans un hôtel à Saumur ».
Mercredi 9 Août
Nous re-mettons le cap sur Poitiers où nous rejoignons la formidable équipe de treuilleurs du club des Pitroux : Richard, Aurélien et Christian. Alain Dostes et Francis Mainguy sont également de la partie… mais pas la météo ! Du coup nous consacrons la fin d’après-midi à la recherche d’un gîte et d’un bon resto.
Jeudi 10 Août
De retour de son footing matinal, vers 10h, Franck annonce la couleur : « Nous sommes en retard, y’a déjà des cums qui forment au Nord ! ». Le temps d’aller sur le site de la Chapelle-Moulières et nous décollons vers 12h15 au treuil.
Franck raconte : « D’entrée je fais un tas, du coup je dois attendre que Julien et Francis décollent : 30 minutes perdues ! Julien s’extrait. Puis c’est la totale : rupture de câble, tracteur sur le chemin, voiture dans le fossé… Je fulmine : les minutes passent, je perds un temps précieux. Je finis par décoller mais, contrairement à Julien qui est monté comme une balle et qui a pu craber pour éviter la centrale de Civaux, mon début de vol est cauchemardesque : je ne trouve que des bullettes qui me poussent pile dans l’axe de la centrale nucléaire 19 km plus loin. Je n’arrive pas à monter à plus de 600 m/sol et je dois en permanence transiter travers vent pour m’éloigner de l’axe des gueules fumantes de la centrale. Au km 10, à 100 m/sol je pense même que mon vol est fini, mais un thermique sur un bord de la Vienne me sauve la journée… ».
Julien enchaîne : « Moi j’ai commencé en me faisant accueillir virilement par un dust. L’Ultima 3 est trop allongée pour tenir entière dans ce noyau minuscule… J’aperçois ma voile dans des configurations jusqu’alors inconnues, mais ça finit par sortir, et c’est franchement musclé ! Tout comme Franck, je crabe vers l’Est pour contourner la centrale nucléaire de Civaux. Après ce premier contournement, je suis la Vienne en crabant vers le Sud pour contourner la CTR de Limoges. Je traverse alors la Vienne… ».
 
Franck : « A l’exception d’un point bas au km 70, cette partie de vol passée à contourner la TMA de Limoges est sans difficulté. Le ciel est magnifique, gavé de galettes blanches. Je passe avec une marge confortable (9 km) le point de contournement de la TMA. Après 120 km de vol, je peux enfin m’axer dans le lit du vent. On reçoit des pilotes d’un peu partout (Limoges, Cahors, Aurillac…) et une voix familière : OMG ! Il est parti en vacances en Auvergne et il vient d’arriver au décollage du Puy Mary (vent : 56 km/h !). Il nous encourage à continuer (Julien n’arrête pas de geindre qu’il veut poser pour pisser, qu’il a froid, que gna gna gna : des cris de détresse à en couper sa radio…). Je passe les 200 km au plaf à 19h30. Déjà 6h30 de vol. J’essaye de me diriger vers Cahors pour ne pas m’approcher de Rodez et des reliefs de l’Aveyron. Julien passe au-dessus du déco de Floirac et interroge Jean-Marie Mas, le moniteur de l’école, 2000 mètres plus bas :
-          vous avez combien au sol ?
-          40 km/h environ !
-          vous pensez que ça pose ?
-          ça on ne sait pas…
Les cums ont presque tous disparu et je me laisse dériver en rebondissant sur les derniers thermiques purs de la journée. Encore 10 km à spiraler à ras du sol et je pose, km 240, un peu avant 20h, en faisant détaler une dizaine de chevreuils. Je suis dans une réserve de chasse, clôturée par deux enceintes grillagées de plus de 3 mètres de haut, façon Jurassic Park ! Pour en sortir j’ai dû creuser… Jean-Marie Mas me récupèrera à 23h sur l’aire de repos de Labastide-Murat, avant de m’offrir l’hospitalité pour la nuit dans sa belle maison au-dessus de Souillac. »
Julien : « La dérive commence à s'accélérer quand j’arrive à Brive, alors que les plafonds montent au dessus de 2000 m. Je traverse  la Dordogne à 2300 m, à la verticale du décollage de Floirac où les pilotes locaux ne peuvent pas décoller car le vent est bien trop fort. Puis je survole Gramat, traverse le Lot et continue à craber vers le Sud pour contourner la CTR de Rodez. La dérive ne cesse de s'accélérer : mon GPS affiche 80 km/h bras hauts et les balises annoncent 45 km/h en rafales au sol ! Plus on vole vers le Sud, plus le vent s'accélère avec la tramontane. Il est grand temps de poser, juste avant l'Aveyron à 280 km après 7h40 de vol, alors que je suis encore à 1500 m sous une rue de nuage et qu'il reste largement une heure de convection à exploiter... Il y avait certainement 330 km à faire sans trop forcer ! Ben, le président du club de Cajars viendra me chercher alors que je galérais pour la récup’ sur une départementale à la nuit tombée. Son accueil et sa gentillesse m’ont profondément touché. Je prends toujours énormément de plaisir à voler dans le Sud-Ouest de la France. L’atmosphère y est si chaleureuse. Je suis rentré par le train de nuit, le soir même, et arrivé le lendemain à l’aube à Paris ».
Vendredi 11 Août
« Le lendemain, raconte Franck, abandonné par Julien qui a dû rentrer à Paris, je compte bien prolonger notre traversée d’une centaine de kilomètres en allant poser à Millau. Le vent est Ouest Nord/Ouest, idéal pour un décollage depuis le site du Roc à Souillac. Francis m’a rejoint pour voler avec moi, mais juge les conditions trop fortes, et puis il vient d’être grand-père, donc il n’a pas la tête à voler. Je décolle donc seul à 12h et prends rapidement 1500 m. Les thermiques sont forts, l’activité est dense, les cums noircissent le ciel et la dérive est soutenue. Je reçois les premières balises : Cahors 47 km/h, Toulouse 76 km/h, Puy Mary 70 km/h… je commence à douter : comment faire pour poser dans quelques heures avec au moins 50 km/h de vent au sol et dans un relief accidenté ? Pas envie d’engager la viande ! Je survole encore le site de Rocamadour, prends quelques photos et je décide d’aller me poser. Un champ bien dégagé… Je pose et…horreur ! de nouveau des chevreuils !… je suis dans une autre réserve de chasse, tellement grande que je n’en ai pas vu les clôtures… de nouveau, je creuse, fin de traversée bien pitoyable... A 15h j’ai repris le train à Gramat, direction la Charente Maritime et la plage. En espérant pouvoir faire mieux l’année prochaine. » 
Conclusion
Au bout du compte, nous sommes encore loin du potentiel maximal en vol de distance en France. S'il est possible de voler entre 45 et 50 km/h de moyenne pendant 10h de convection, des distances de 450 à 500 km devraient être réalisables, à condition de trouver un axe de vol suffisamment dégagé (des reliefs, des CTR, de la mer...). Alors que notre domaine de vol s’élargit avec l’augmentation constante de la performance des voiles, nous pouvons envisager de nouveaux défis, hors des sentiers battus. La réalisation de ce genre de traversée nous fait penser qu’un jour, un Tour de France en parapente, projet auquel nous pensons depuis longtemps, sera bouclé par un ou plusieurs pilotes.

Date de création : 31/03/2008 : 22:27
Dernière modification : 25/05/2008 : 21:14
Catégorie : 2006
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