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Ailleurs - Voler dans le désert d'Atacama - 2004

 

Vol biplace en Atacama (Chili-Bolivie)

 

 

Par Masterpitrou : Article rédigé pour Vol Libre Magazine, puis retravaillé pour Parapente Mag, mais jamais paru


Trois semaines dans les Andes Chiliennes, nous ont conduit, en phase d’acclimatation, dans la région de San Pedro de Atacama à la croisée de la Bolivie, de l'Argentine et du Chili. Connue pour ses sommets très accessibles, entre 5000 et 6000 m, cette zone rassemble tout ce dont un trekkeur, voire un montagnard peut rêver. Nature, espace, aventure, dépaysement et même fiesta. La question se posait pour nous de l’intérêt du parapente. Nous avons tenté l’expérience en biplace.

Prologue

• Dimanche 24 octobre 2004 au matin, Calama, ville minière cosmopolite, et sans charme au nord du Chili. Nous percevons le son entêtant d’une musique inconnue. Comme aimantés par ce rythme et curieux d’en connaître l’origine nous découvrons au détour d’une rue, un défilé bigarré d’hommes, de femmes, d’enfants, masqués et déguisés, en ours, en conquistadors, en condors, ou encore en guerriers indiens. En tête du cortège, une vierge portée par quatre personnes; un prêtre les précède. Les pas de danse, envoûtants, tout comme la symbolique de cette procession nous sont étrangers. Mais à y réfléchir, ce cortège est sans doute ce qui reste d’un lointain syncrétisme, imagé et coloré, des croyances indiennes et de la christianisation par les colons espagnols.
Que de dépaysement ; alors que deux jours auparavant, Eric et moi étions en nos bureaux à Poitiers. Des correspondances d’avions, parfaitement enchaînées, nous ont permis en moins de 24 heures de rejoindre nos compagnons d’expédition, Christophe et Denis, mon frère, partis quelques jours plus tôt.

Nous sommes à pied d’œuvre. Le but est de louer dans les meilleurs délais un véhicule pour découvrir l’Atacama.
Géologues, météorologues, historiens sont à présent tous d’accord pour circonscrire ce fascinant désert d’altitude à une zone de 1300 km de long et 160 km de large, couvrant le sud Pérou, une partie de l’ouest bolivien et le nord du Chili. Nous sommes bien loin de notre objectif principal, l’Ojos del Salado le deuxième plus haut sommet des Andes qui est 500 km plus au sud. En habitués des expéditions andines Eric et Denis (4 plus de 6000m à leur actif dont l’Aconcagua pour Denis), préfèrent assurer le coup au cours d’une période d’acclimatation méthodique, progressive et variée.

Un parapente biplace, impedimenta ou viatique ?

Comme une expédition c’est une équipe, je me suis dit qu’un biplace permettrait de faire plaisir successivement à tout le monde, tout en rajoutant du piment à notre aventure. Ce n’est pas forcément le choix de la facilité. Pas question de matériel allégé, mon Stromboli 42 m² fera l’affaire. L’équipement au complet avec un sac de portage digne de ce nom et des sellettes antédiluviennes Gypaaile représente un global de 14 kg. Je compte quand-même partager la charge ; au passager les sellettes, au pilote l’aile.

Je piaffe de voler, dans ce lieu de tous les superlatifs, il faudra pourtant raison garder et attendre quelques jours pour analyser les conditions aérologiques. Les quelques informations glanées ça et là et surtout via notre précieux contact au Chili François Chapuis, (récemment descendu en vol du point culminant de Bolivie, le Sajama) font état de conditions pouvant être dantesques.

• 26 octobre, première pointe en altitude. Après un bivouac à 3600m, la route internationale, qui rejoint plus loin l’Argentine, nous porte à 4600 m. Nous atteignons la côte 5050 m et en restons volontairement là. Nous sommes à 45 km de San Pedro, la vue vers l’ouest sur le troisième salar le plus grand du monde est incroyable. Les distances, comme dans tous les déserts, sont faussées ; plus de reperds. La pureté de l’air et le dénivelé font que l’œil porte à des dizaines de kilomètres. Notre chemin de croix de plusieurs jours, à la recherche d’un taux d’hématocrite acceptable commence ici. Difficile également de supporter les effets conjugués de la sécheresse de l’air, du sol pulvérulent et sans aucune végétation, de l’ensoleillement exceptionnel, des reliefs sévères. Alors que nous ne sommes qu’en milieu de matinée, un vent entêtant de ouest-nord-ouest s’installe, quelques diables de poussières zèbrent ça et la l’horizon. Certains sont en sel et donc d’un blanc immaculé : spectaculaire ! Plus tard dans la journée, alors que nous poussons en voiture jusqu’en argentine, le vent forci encore, rendant les sorties de véhicule désagréables voire périlleuses.

De retour à San Pedro, c’est chez Hector El Indio (l’indien) et Ronny que nous trouvons logis : un havre de paix et de verdure niché au cœur d’une étonnante oasis. Nous y goûterons là des séjours roboratifs entre les différentes ascensions que nous avons ciblées.
Hector et Ronny sont en décalage et prônent un ethno-tourisme : copie d’armes ou d’outils anciens, pratique d’instruments de musique traditionnels, transmission de leur connaissance sur les plantes médicinales. Ils réussiront leur pari tant qu’il y aura des gens curieux de leur passé et sensibles à cette forme de richesse.

Pendant ce temps, San Pedro la pittoresque, perd petit à petit, mais inexorablement son âme. Elle a troqué les saveurs de son passé historique contre un tourisme de masse, accompagné de ses inévitables excès. Elle perd sa mémoire devant des éléments plus tangibles. Elle dilapide sa richesse immatérielle au profit d’une ambiance mercantile espérant ainsi tirer profits de l’explosion touristique de ces dernières années. Au détour d’une conversation, Hector, nous raconte comment une riche habitante du Lichtenstein, a cru pouvoir acheter à prix d’or 2 des 8 hectares de son petit paradis, hérités de ses aïeuls, indiens Atacamenos.



Stromboli et volcans d’Atacama rencontre d’une tectonique improbable ?

• Le 30 octobre, les insomnies, maux de tête, tachycardies, essoufflements se sont quelque peu espacés. Notre séjour sur le massif du Miscanti 5622m nous a fait du bien. Eric et moi prévoyons une opération commando sur un sommet majeur, pendant que Denis et Christophe iront rendre la voiture à Calama. Il est maintenant temps de prendre l’air.
Le Lascar, 5 450 m était initialement notre objectif. C’est le volcan le plus actif de la région, son cratère béant, profond de 500 m s’ouvre littéralement vers les entrailles de la terre. Ses pentes comprennent beaucoup de zones décollables. Une incompréhension sur les prix discutés la veille avec un chauffeur de 4x4, pour nous monter au bout de la piste à 4 800 m, nous fait renoncer au dernier moment. On n’est pas des Yankees !!!
Nous courrons San Pedro tout l’après midi, avec Hector et Ronny pour trouver une solution de remplacement. C’est finalement une jeune bolivienne qui nous montera en fin de soirée à l’endroit où notre voiture de location nous avait déjà menée le 26 octobre : les pentes du Cerro Toco (5 600 m). C’est un sommet étrange, depuis le poste frontière bolivien tout proche, il ressemble à une espèce de cylindre que l’on aurait coupé en biseau.

Opération commando, donc à la dure : l’après midi nous nous sommes gorgés d’eau et de sucres lents. Bivouac à la belle étoile à 4 600 m… départ à potron minet (3h30 du matin). La montée est lente, très lente, mais régulière. Les milliers d’étoiles s’éteignent en même temps que nos frontales et le jour pointe à la base d’une barre rocheuse, casse pattes et explose poumons. Je porte mon aile, espérant que celle-ci nous rende la pareille après ces heures de souffrance. Nous passons les difficultés avec obstination et les rayons du soleil me cueillent sur une arête peu marquée, alors que j’ai perdu de vue Eric depuis une bonne heure au gré des soubresauts du relief. Il vaut mieux faire son chemin, continuer quand même, surtout quand aucun danger particulier ne nous guette. Ces moments d’effort intense sont toujours l’occasion d’un retour vers soi, d’une écoute de son corps et de sensations d’une acuité irremplaçable. Vers le sommet, en remerciement de notre ténacité, la montagne nous présente maintenant des pentes débonnaires. Sans les stigmates d’une nuit blanche et des cinq heures d’effort que nous avons fournis, l’instant serait presque enchanteur. Le Lascar, au sud-ouest est là, à une cinquantaine de kilomètres, crachant ses fumerolles.
Il est 8h30 du matin, comme tous les jours le vent fait doucement, mais sûrement son apparition. Je m’enquière d’une zone pouvant être décollable. C’est chose faite 50 m sous le sommet. Eric me rejoint, c’est parfait. L’aile est prestement installée, car il faut faire vite, le ventilateur géant donnera sa pleine puissance dans une heure trente. L’équanimité de mon passager me fait du bien et facilite la concentration. Nous vérifions tout, lentement et méthodiquement, plutôt trois fois qu’une. On est bien loin de la fébrilité que j’ai connue lors d’un décollage au Mont Blanc, il y a quelques années. Ça tombe bien car ici l’engagement est total, seules deux personnes savent où nous sommes aujourd’hui. Ce sommet délaissé n’a à priori jamais été « volé ».
Pourtant, tout se passe comme dans les livres, gonflage face voile, contrôle, demi tour et décollage, peu physique. Le vent ce jour-là compensera bien le manque de densité de l’air, pour nous gratifier même d’un petit soaring inespéré. Le vol d’un millier de mètres se déroule au-dessus de cet incroyable paysage à la croisée de trois pays, l’Argentine, la Bolivie, le Chili. Nous saluons avec déférence, plein nord, les volcans du Lipez, formant « la ceinture de feu ». Les couleurs jouent et dansent sous nos yeux écarquillés, au gré des 360 °. Brun de la roche volcanique, bleu foncé du ciel, turquoise d’une proche lagune. Notre délicieuse glissade se termine sur une pente très très légère pour un arrondi qui n’en finit pas. Nos affaires de bivouac sont à deux pas. Complètement groggies et saoulés d’images, de fatigue, de sensations, nous mettrons quelques dizaines de minutes à rassembler nos affaires et nos esprits. Encore une heure de marche, puis la route internationale, du stop pour San Pedro et une douche réparatrice à Estancia Luza chez Hector. Opération commando réussie !

Du chemin de croix au paradis

• 01/11, nous sommes prêts physiquement et mentalement pour le sommet de la région, le Cerro Licancabur 5 920 m. C’est le volcan au cône parfait. Le « fuji yama » de l’Atacama est comme un phare au milieu de ce grand désert. C’était surtout, bien avant d’être le symbole touristique et sportif de la région, un sommet mythique et un lieu sacrificiel, aux époques préhispaniques. Pour nous tous, ce sera l’épreuve de vérité, avant le grand départ vers l’Ojos del Salado, mille mètres plus haut.

C’est Denis qui aura la charge de porter les sellettes, en plus de sa carcasse, mais il aura peut-être le plaisir de se faire balader au-dessus des plus beaux paysages de Bolivie. C’est la troisième fois que nous parcourons cette incroyable montée plein Est depuis San Pedro ; 42 km pour 2 000 mètres de dénivelé, quasiment en ligne droite. Nous arrivons avec un minibus à « Colque City » 4 200 m aux abords des très fameuses lagunas blanca y verde ceinturées de nombreux volcans. Le sommet du Licancabur est la, 1700m au dessus de nous, défendu par d’impressionnantes pentes d’éboulis. L’hacienda tenue par l’agence bolivienne Colque a une situation exceptionnelle. C’est aussi un lieu, déroutant, singulier qui sert de refuge, de centre de recherche pour la NASA, de gare de triage pour les Tour Operator, de lieu de vie pour quelques Boliviens accueillant les gens de passage.
Du parapentiste besogneux, à la bourgeoise équipée Vuiton ; du chercheur américain à crédit ouvert, au routard interlope, du vulcanologue passionné à la citadine pommée, du vététiste fou, au trekkeur expérimenté tout ce petit monde, devant un balai incessant de 4X4, se croise, se jauge, s’observe, se questionne, rie, mange, dort en attendant son tour, qui vers le nord Bolivie et ses extraordinaires itinéraires de trekking, qui vers le chemin de croix du Licancabur, qui vers un retour salvateur sous les paysages plus paisibles de l’oasis de San Pedro.




Carlos le patron, nous a à la bonne ; il nous a mis à disposition dès l’après midi, Mario, notre jeune guide du lendemain et son 4X4. Et oui, il faut le dire, notre orgueil dût-il en souffrir, nous avons un peu cédé à la tradition et aussi à la réelle pression, voire aux méthodes comminatoires qui s’exercent sur tout voyageur désireux de faire ce sommet. « Le Licancabur ne se fait pas seul ». Mario nous guide donc autour de la laguna blanca, sur une piste poussiéreuse et toujours très ventée. Les flamands roses peuplent ces lieux, enrichissant le spectre de couleurs et rompant de la plus belle manière les paysages quasiment lunaires de ces derniers jours. Au bout d’une vingtaine de minutes nous arrivons vers d’inoubliables bains d’eau chaude à ciel ouvert. J’avais depuis longtemps une idée derrière la tête, J’y dépose une flamme de tissu.

Nous finissons notre boucle par la laguna verde voisine, gorgée d’oxyde de cuivre et exempte, elle, de toute vie. Les composants chimiques sont ici à des proportions fort variables d’un lieu à l’autre comme à la naissance du monde. Ici la vie, plus loin le néant.

• 02 novembre une heure du matin, les esprits sont embrumés, les gestes lourds et nos pas sont sans entrain vers le réfectoire et le bol « à la grimace », passage obligé de tout montagnard ambitieux. Nous sortons d’une trop courte nuit, de toute façon sans sommeil et rythmée par les toussotements d’un groupe électrogène mal luné. Mario fait chauffer le moteur du 4x4 et nous y embarquons nos sacs. L’engin roule pendant une demi-heure sur une piste comme l’atacama sait en faire (fort carrossable).

Le but est d’arriver sur la cime avant huit heures, pour nous laisser le temps de repérer un décollage et partir avant neuf heures. Mario, doit en outre redescendre le plus tôt possible pour quitter la région avec un groupe de touristes en direction du centre de la Bolivie. Il est 1h50, nous sommes environ à 4 400 m, il fait -10°C, nous avons devant nous quelques 1 500 m d’éboulis à avaler, avec un biplace sur le dos, un temps imparti de l’ordre de 6 heures, et une inconnue majeure sur les possibilités réelles de décollage versant chilien (ouest). En effet, selon les informations du guide Macario, 59 ans et 323 ascensions du Licancabur, il semble que les quelques vols effectués de ce sommet se soient systématiquement déroulés sur le versant Bolivien (est), à l’exception dixit Macario de Nicolas Hulot pour un tournage d’Ushuaia dans la région. Cela ne laisse pas de me troubler compte tenu de notre connaissance maintenant fiable de l’aérologie locale et de notre réussite au Cerro Toco.

Les premières dizaines de minutes de marche sont l’occasion de me perturber davantage. Je vois les frontales de mes compagnons, beaucoup moins lestés, s’éloigner inexorablement. Heureusement pour le moral, une première pose sera l’occasion d’un regroupement inespéré et d’un changement de stratégie salvateur. Christophe en cycliste amateur de haut niveau, dispose d’un moteur exceptionnel. Il se propose de mettre ses 36 pulsations/mn au service de la communauté. Penaud, je lui confie le colis pour quelques temps (je lui devrais dès lors, au moins un vol bi du Mont Blanc). Le résultat est immédiat, les sensations ne sont plus les mêmes. Nous nous payons même le luxe d’une conversation au sujet incongru en ces hauts lieux. Les mots sont quand même choisis, la langue (espagnole) épurée, la longueur des phrases écourtée. Alors que nous reprenons notre souffle à chaque intervention, Mario quant à lui, facile, ponctue ses diatribes de sifflotements. Dingue!

Un nouvel arrêt et je reprends mon fardeau délesté de quelques aliments et effets personnels. Le jour pointe et l’équipe au gré des coups de fatigue, des poses, accordéonne.

Le sommet est enfin atteint, et fêté par de chaleureuses accolades, l’émotion est palpable, c’est le bonheur et la confirmation de notre capacité à aller plus haut encore, dans quelques jours. La journée n’est pas finie et pour que notre rêve prenne corps, il faut trouver un décollage. Comme prévu le léger souffle d’air est d’ouest. Alors que mes compagnons sont vautrés au sommet, les veinards, je contourne le cratère qui contient le célèbre mini lac, considéré comme le plus haut écosystème du monde. J’atteint une combe très peu marquée, mais pentue, trois quart face au vent. La grosseur des cailloux est embêtante, mais pas rédhibitoire. Content de la trouvaille, je rameute la bande, car une superbe première est en vue (le Licancabur n’aurait jamais été décollé en bi place ?). Chacun a son rôle. Eric le contrôle visuel de l’aile, Christophe, les photographies, Mario le maintien en main d’une flamme de tissu.
Justement, Mario nous tanne pour ne pas traîner, Eole, n’est ce jour pas encore au rendez-vous. Seul Bernouilli rentre dans l’équation, et à cette altitude, les résultats ne sont pas beaux à voir. Songez donc : 6000 m - pression atmosphérique 470 hPa – masse volumique de l’air 0,61 kg/m3 soit deux fois moindre qu’en bord de mer. Même à cette altitude-là le calcul est facile. Vitesse de vol racine de 2 fois plus vite. Comment atteindre, accrochés à deux, une vitesse minimale de 35 km/h si ce n’est par une course folle, voire frénétique et déraisonnable face à San Pedro de Atacama ? Plus la vitesse augmente, plus les pierres grossissent, plus il devient impossible de s’arrêter. Pendant ces interminables secondes, alors que l’aile n’est pas encore sur sa polaire, une seule certitude, notre salut passe par l’accélération. La course est chaotique, mais les frangins restent unis. J’encourage Denis de la voix, alors que ses pieds ne touchent plus le sol depuis belle lurette. Je supporte l’équipage sur mes seules jambes. L’effort qu’il faut produire pour enfin s’affranchir de la pesanteur face à ce qui ressemble maintenant à des blocs rocheux au gabarit d’armoire, est monstrueux. Après une cassure de pente inespérée et une ressource salvatrice, je paie quasi comptant ma bravade par un début de syncope. Epuisé, étourdi, hors de souffle, je laisse Denis assurer le cap. Il faut récupérer au plus vite pour profiter de ces instants rares et répondre aux contraintes de l’atterrissage. Le paysage est fantastique, la température douce, l’air d’huile, les poumons apaisés, le cœur rasséréné, derrière certainement ma plus grosse frayeur depuis 26 ans de montagne et 18 ans de parapente.





Le virage à 180° que nous avons dû effectuer pour passer versant bolivien et le 360 pour photographies, nous ont fait perdre en finesse. Nous surplombons malgré tout à bonne altitude les eaux turquoises de la laguna, mais nous ne survolerons pas les bains chauds et la mini manche à air. Un tournant à 90° pour confirmer l’inexistence de vent au sol et un posé à 4200 m ; quand même à deux pas des thermes, après 3 minutes de voile noir et 12 minutes d’émerveillement. Nous finissons nus comme des vers dans de l’eau qui sourd à 38° C, de cette fascinante montagne. Un bonheur simple et absolu en conclusion de ce séjour d’acclimatation.

Epilogue
• 03/11 . J'aurais voulu décoller de l’Aucanquilcha 6 167 m, avec Christophe. Mais, mes compagnons se sentent bien et veulent se mesurer maintenant au plus haut volcan en activité du monde. Aussi nous entamons ce jour-là notre transfert de 500 km vers le sud.
Quatre jours plus tard, notre équipe hyper soudée et homogène sera réunie au sommet de l’Ojos del Salado, 6 893 m.

L’Atacama pratique (région de San Pedro) :
• Accès - déplacement - séjour : Incroyablement facile. Par avion direct depuis Paris ou via Madrid, jusqu’à Santiago, puis des lignes intérieures vous portent jusqu’à Calama. Ceci en moins de 18h00. San Pedro se rejoint en bus ou en voiture de location. Louez préférentiellement à Calama qu’à San Pedro. Ce village, mélange de Chamonix, Katmandou, Davos est considéré comme le lieu le plus cher du Chili. C’est du vécu ! Sur place, une multitude de structures, plus ou moins racoleuses, vous proposent tout ce qui peut-être fait dans la région. Toute commodité, épicerie, web café, bar branchouille, restaurants, campings, hôtels, B&B

La climatologie : Elle est typiquement celle d’un désert côtier, mais avec la particularité unique, d’un effet conjugué de la très haute altitude. Le courant marin de Humboldt, glacé, longe les côtes au nord du Chili. Il refroidit les vents qui ne peuvent contenir que peu d’humidité. Le jour, la brise marine presque sèche et froide se réchauffe au contact du sol où elle absorbe le peu d’humidité et dessèche la terre. La nuit, le désert est plus froid que la brise marine et la faible humidité se condense en brume. Plus loin à l’intérieur des terres, et plus en altitude (Calama, San Pedro, Tocomao, Socaire), cet air est encore monté en température par les terres arides et continuellement ensoleillées qu’il rencontre. Les températures diurnes peuvent être positives jusqu’à plus de 6 000 m. La nuit l’albédo terrestre sur un ciel immaculé abaisse considérablement les températures. C’est ici que l’on connaît les plus gros écarts jour/nuit au monde, fréquemment 30° C, voire 35° C. L’influence du versant amazonien des Andes Argentines et Boliviennes ne se fait sentir que rarement et se matérialise le plus souvent que par quelques nuages lenticulaires. C’est uniquement pendant « l’hiver bolivien » (en pleine période d’été austral !!!! , janvier, février, mars) et quelquefois en hiver (juillet, août) que des débordements nuageux et des précipitations venant du nord-est peuvent apparaître sur les franges septentrionales et orientales du désert. Au sud-ouest de San Pedro les précipitations sont inexistantes, quelques soient les systèmes météo pouvant se présenter. Certaines zones du désert de l'Atacama sont en conséquence les lieux parmi les plus anhydres du monde.

L’aérologie : La sécheresse de l’air, l’aridité du terrain, l’influence de la surpuissante brise côtière, la présence de très hauts reliefs accentuent tous le phénomènes aérologiques connus. Un vent entêtant propulse du milieu de la matinée, jusqu’en fin de journée des tonnes de poussières. Des zones sous le vent, parce que protégées, déclenchent occasionnellement des thermiques qui se transforment en « diable de poussières ».

Le paysage : Cet immense haut plateau couronné de montagnes pour la plupart coniques (volcans), coincé entre le Pacifique et les Andes, déploie son univers de sable, de sel, de roches et de terre craquelée. Pas un brin de verdure au-delà de 4 600 m et très peu en dessous. Les quelques villages, entre 2 500 m et 3 000 m se sont blottis à proximité de canyons arrosés par les très rares cours d’eau de la région, formant des oasis providentiels. A l’instar de tous les déserts, les paysages de l’Atacama, malgré une certaine uniformité ne sont jamais monotones. Des lagunes alimentées par percolation forment d’extraordinaires contrastes de couleurs.

Les précautions : L’excellent état des pistes et leur quantité, rendent la haute altitude très accessible. Des pistes dans la région montent fréquemment à 4 400 m, certaines à 5 200 m, voire 5 600 m et même 5 800 m à l’Ojos del Salado, (vraisemblablement un record mondial). Aussi, cela peut conduire à négliger l’acclimatation. De même, l’agrément de San Pedro, ne doit pas empêcher de passer des nuits inconfortables entre 3 600 m et 4 200 m pour parfaire l’adaptation de l’organisme.

Le parapente : Malgré le descriptif ci-dessus, le parapentiste amateur trouvera quotidiennement d’excellentes conditions de vol surtout au printemps austral ; le matin de bonheur entre 7h00 et 10h00. Les vols font entre 1000 et 1800m de dénivelé. Sommets entre 5200 et 6200m. Altiplano (posés) entre 3 800 et 4 200 m (attention à la vitesse de vol). Beaucoup de versant décollables. On finit toujours par trouver une pente, avec de bon petits cailloux, voire du sable.

Les vols conseillés :

- Le Licancabur 5 920 m (40 km à l’est de San Pedro) et son voisin le Juriques 5 704 m
- Le Lascar 5 450 m (70 km au sud-est de San Pedro) une piste monte jusqu’à 4 800m
- Le Miscanti 5 622 m (120km au sud-est de San Pedro), grosse marche d’approche
- Puntana 5 890 m (90 km au nord-est de San Pedro)
- Sairecabur 5 971m (60 km au nord-est de San Pedro)
- L’Aucanquilcha 6167 m (160 km au nord de Calama) une piste monte à 5 500 m vers une ancienne mine de souffre

Le Challenge : Volé de L’Ojos del Salado 6893m. A 500km de San Pedro, à l’extrême sud de l’Atacama. Si la région de San Pedro c’est la Lune, L’Ojos c’est la planète Mars. Sommet indécollable, à moins de prendre d’énormes risques. En revanche, à 6 750 m, à 1h00 de marche du sommet, les pentes nord vous attendent pour ce qui serait une grande première, dans une zone où l’engagement est total et le vent encore plus fort que dans la région de San Pedro – 1500m de dénivelé.
 


Date de création : 30/03/2008 : 19:32
Dernière modification : 25/10/2013 : 09:15
Catégorie : Ailleurs
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Réaction n°1 

par Michelrudo le 31/12/2009 : 14:13

Excellent récit, ça donne envie d'y retourner !
Quels sont les pilotes qui ont volé sur les sommets ?

Personnellement j'avais volé du Jurilques en face du Licancabur, et depuis l'Ollague (3 fois dont 2 côté bolivien). L'Aucanquilcha, rebroussé chemin en pleine nuit à cause du froid. y

Michel R.
www.parapenteplanete.com

Spécial

Offrez vous un baptême en parapente
pour 25€ de plaisir 
ici un exemple filmé
http://vimeo.com/11399816

Possibilité de baptême pour les handicapés moteur (décollage assis - chariot special) 
http://vimeo.com/61057087


Des photos, d'aventures ,
de voyages et
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c'est ici 

Par
Laurent Merle :
https://www.flickr.com/photos/laurentmerle/albums/with/72157663277911879

photos : galerie Picasa 
galerie Parawing (archives)
Films : sur Viméo
 sur Youtube

Par Laurent Soleil
photos :  galerie Parawing et https://picasaweb.google.com/111119434435114929995
Films : https://vimeo.com/user36431475

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