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Alpes - Vol 4807 année 2000

 

Auteur : Laurent Soleil
 
 
L’équipe :
  • Delphine Longo (en Stromboli Nervures) dite Madame Venderprute: Accompagnatrice moyenne montagne à St Lary l’été, Salariée de l’UCPA à Val Thorens l’hiver
  • Jean-Paul Pluvieux (en Stromboli Nervures): Biplaceur pro à St Lary (65) l’été ,au Costa Rica l’hiver
  • Denis Pluvieux (en Erebus Nervures) : Animateur dans un centre de vacances l’été à Hossegor (40), l’hiver à Megève (74)
  • Denis Soleil (en Erebus Nervures) : accompagnateur moyenne montagne du Bureau des Guides de St Lary (65) et qualifié canyoning
  • Gilles Berteaud (en Epsilon Advance) surnommé « la maquina » en Argentine depuis son ascension express de l’Aconcagua en 6h30 depuis le camp de base: gérant d’un centre de Vacances du Ministère des Finances à St Lary (65)
  • Dominique Guenard (en Oméga Advance) : Artisan à Megève (74) – compétiteur parapente A classé dans les 40 premiers français
  • Laurent Soleil (en Arbizon Gypaaile) : Technico-commercial à Pau (64,) alpiniste, parapentiste amateur
 
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Le récit :
 
Nous étions arrivés à Chamonix le jeudi 21 septembre en fin d’après midi. Après un départ aux aurores, de St Lary avec Delphine, Jean-Paul et Denis, nous faisons la connaissance, 4 heures plus tard du pote de Denis, Gilles (en repos chez ses parents), derrière un café Carcassonnais qui nous requinque. Ce dernier se verra confier l’acheminement des ailes dans sa désuète Mercedes. Sa voiture chargée à bloc lui donnera un air de trafiquant en textile du « sentier ». Un comble pour un ancien douanier !!
Nostalgie de ses années de labeur au service du ministère des finances il nous concocte un itinéraire de derrière les fagots, en passant sur tous les points chauds, Sète, Montpellier et la vallée du Rhône. Nonobstant ces écarts de conduite, nous prenons possession de notre appartement chamoniard avant la nuit.
 
Vendredi 22 septembre, la benne de l’aiguille du midi a déjà fait quelques rotations de japonais et autres « monchus » quand nous y prenons place. Le temps est splendide, mais une grosse incertitude plane quant à la quantité de neige tombée depuis quelques jours. Pendant la montée aux 3800m de l’aiguille du midi, nos regards se figent sur l’itinéraire d’accés au Mont Blanc sans pour autant voir la moindre trace...
 
 
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Une cordée matinale renonce dès les premiers séracs, du Mont Blanc du Tacul. Je prends heureusement vite conscience que je suis encordé à un caterpillar (Gilles). « L’engin » ouvre sans broncher une impressionnante tranchée entre 3600m et 4050 mètres. Ce ne sont pas mes valses hésitations sur l’itinéraire, ni les circonvolutions de ce capricieux glacier qui vont nous arrêter diable !!!!
 
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Pourtant le Mont Maudit nous nargue et rit de ces présomptueuses fourmis pyrénéennes qui espéraient atteindre dès aujourd’hui son modeste satellite – Le Mont Blanc du Tacul 4260m sans respecter les fondamentaux montagnards « L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt – Ce qui se dit de nuit ne verra pas le jour – Ce qui se fait la nuit n’est plus à faire de jour »
Il est trop tard pour espérer atteindre le sommet sans risquer de se voir passer la nuit au refuge des cosmiques. Le manque de vent au sommet, nous imposerait une redescente trop tardive, vers le téléphériques qui arrête ses rotations en fin d’après midi. Nos ailes nous démangent, le ciel est toujours aussi bleu, mais le vent est travers. L’assistance pour faire décoller Gilles, ne donne que de piètres résultats dans cette profonde poudreuse. La terrasse laborieusement aménagée ne suffit pas à prendre de la vitesse. Nos essais restent vains et l’horloge tourne. La sagesse nous dicte de redescendre et de tenter un décollage depuis l’arrête « midi plan ». La descente est facile joyeuse avec une superbe vue sur les abîmes du glacier des Bossons et la ville de Chamonix.
Denis, resté un peu plus bas, pédibus, doit impérieusement redescendre par le téléphérique. Il s'est desencordé de Jean-Paul et Delphine. Nous les croisons lors de la descente. Ils sont d’un optimiste démesuré et rejoignent à leur tour la plateforme qu’on leur a préparée au point 4050m pour un décollage en biplace.
Jean-Paul fait parler son expérience et son Stromboli flambant neuf. Destination Cham et un demi s’il vous plait.
 
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Le vent a tourné et ce qu’il était impossible de faire une heure avant se révèle être un jeu d’enfant, pour le professionnel qu’est Jean-Paul. Avant de comprendre pourquoi Gilles et moi nous faisons traîner, vautrer au décollage, à 3600m dans les turbulences de l’aiguille du midi, un vol de tourtereaux nous nargue 400 mètres plus haut. Ils survolent ce qui est sans doute la plus belle cascade de séracs d’Europe, avec en toile de fond, notre objectif du 24/09, le Mont Blanc.
 
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Perturbée, mouchée, épuisée, l’équipe Caterpillar, dans un sursaut de lucidité et d’orgueil, se décale vers l’est, pour décoller dans un vent cette fois plein face et laminaire. Un plongeon hallucinant au-dessus de l’éperon Frendo, vers Chamonix 2600 mètres plus bas. Nous côtoyons la Blaitière, le Grépon et ainsi, par un miracle encore inexpliqué, tout le monde dormira à Chamonix ce soir. Ouf !!!!
Denis Pluvieux nous a rejoint, il vient tout droit de la cote landaise à l’altitude zéro et espère se faire une santé le 23/09, pour piloter le deuxième biplace de l’équipe. Son passager sera bien sûr Denis Soleil. De ce mélange d’eau et de feu, on espère un superbe arc en ciel sur le toit de l’Europe.
 
Le samedi 23/09 il fait toujours aussi beau. De quoi sécher les 3 voiles qui ont pris l’air la veille. Rien de mieux qu’un vol pour cela. L’équipe est presque complète, seul Dominique manque à l’appel. Depuis son nid d’aigle à Megève, il nous rejoindra ce soir au pied du téléphérique. Après le gros stress d’hier, c’est le vol plaisir et des plus roboratif qui nous attend depuis ce merveilleux balcon de Plampraz. Mon dieu, un Caterpillar ça peut voler et plutôt bien, puisque Gilles se fera l’économie du billet du Brévent en choisissant la voie des airs, pour tutoyer le terminus du téléphériques 800 mètres plus haut. L’esprit plus à la contemplation les Denis², Jean-Paul, Delphine et Laurent feront un gracieux ballet aérien au-dessus de la Mecque de l’alpinisme. Gilles nous rejoindra juste à temps pour espérer ne pas rater la benne direction les limbes d’une nuit cosmique. Le temps de charger les sacs, de faire un dernier point et surtout de finir d’avaler un énorme plat de pâtes et nous nous acheminons une nouvelle fois vers la gare du téléphérique toute proche de l’appartement.
 
Dominique est là, ponctuel et super motivé pour réaliser son rêve de plusieurs années. En voisin du Mont Blanc, il n’a jamais osé tutoyer la haute altitude. Parapentiste émérite, il nous fera partager sa grande expérience de l’aérologie, son calme, en échange de notre connaissance de ce milieu hostile et piégeux. Le soleil couchant à cette altitude nous gratifie de merveilleuses couleurs aux tons chauds et rassurants. Mais la sérénité est de façade, l’heure avance et nous nous couchons avec des milliers de questions et de doutes sur la journée du lendemain. La nuit a été courte voire blanche, pour certains quand les premières montres sonnent dans le dortoir.
 
Dimanche 24 septembre, 2h00 du matin et un bol de lait « à la grimace » pour se rassurer et se donner un coup de fouet avant de sortir de ce vrai cocon qu’est le refuge des Cosmiques. Nous décidons de laisser partir volontairement, toutes les cordées devant nous. C’est la juste contrepartie de notre belle contribution de l’avant-veille à ouvrir la trace du Mont Blanc pour le rush du week end. Après 3 heures de marche à tâtons et en accordéon avec les lucioles, des cordées plus ou moins pataudes et aguerries parties avant nous, le hasard fait que nous arrivons à la crête du Mont Maudit au plus beau des moments.
 
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Grandiose levé de soleil sur l’arrête effilée comme une lame de couteau. Gilles et moi n’avons plus en visuel, depuis un moment les deux autres cordées de notre groupe. Les consignes d’utilisation des radios n’ont visiblement pas été suivies d’effets, mes appels restent sans réponse. Le col de la Brenva, 4300m est atteint après une agréable et somptueuse descente. Les 500 derniers mètres de montée qui restent à effectuer sont sans difficultés techniques, aussi Gilles et moi nous y désencordons et nous y restaurons avant le dernier morceau de bravoure. Quelques temps après les 3 « Aurois » nous rejoignent. Eux aussi auront besoin de souffler et solidaires resteront encordés. Denis P et Dominique non acclimatés peinent visiblement ; pas de nouvelles d’eux, quand je parts le premier pour le sommet. Le rythme se ralentit, la lassitude des pas mille fois répétés se fait de plus en plus sentir, l’effet de l’altitude ronge notre vaillance. Le regard levé vers le sommet, pour me dire à quel point le sommet se rapproche, me donnera une indication précieuse sur les conditions aérologiques. C’est tout bon, au moins 4 papillons de chiffon ont déjà quitté le sommet. Gilles me rattrape, comme un avion, il me donne des techniques de respirations propres à ses compétitions de course à la montagne, puis comme à son habitude finit les 100 derniers mètres en courant. Enorme, écoeurant !!!! Pour lui c’est de la routine et le moteur n’a pas l’air de forcer – 11h00 le sommet.
 
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Denis S, Delphine et Jean-Paul arrivent – 12h15 Dominique arrive seul. Denis P est à la dérive. Gilles « Caterpillar » qui décidément se morfond, redescend le chercher. C’est vers 12h45 que, délesté de son sac, Denis arrive et s’accroche au récif sommital que forme notre groupe. Lui qui a déjà gravi ce sommet en ski de randonnée, mesure pleinement et à ses dépends l’effet du manque d’acclimatation. A force de poireauter le vent a tourné et Dominique propose de descendre sur le col Major (proche du Mont Blanc de Courmayeur). Abandonné par ses compagnons de cordée lâchement redescendus du sommet par la voie des airs, un homme devant nous rate tous ses décollages. Epuisé, il s’effondre en larme dans nos bras. La seule issue pour lui maintenant c’est l’hélicoptère. Nous prévenons les sauveteurs qui redescendent le malheureux au bout de ¾ d’heures…
 
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L’heure est tardive, nous sommes maintenant seuls au sommet avec un anglais, qui n’a pas toutes ses facultés mentales, car une tempête est prévue dans moins de 16 heures et ce solitaire, représentant de sa gracieuse majesté, veut bivouaquer au sommet, oui, oui !!! Notre anglais sommaire se confond avec le bruit des pales et du rotor de l’hélico, il ne veut pas plus entendre les conseils des sauveteurs…il reste seul face à son destin et promet qu’il descendra à temps !!! Le bruyant bourdon part et la montagne est à nous.
 
Delphine et Jean-Paul décollent sans encombre direction Passy, le plus gros dénivelé possible depuis le toit de l'Europe, après un passage épique des crêtes de Bionnassay en vent de face (bonjour les dégueulantes).
Au tour de Denis et Denis, le vent est à nouveau tombé, le très vieil Erebus, paresseux au gonflage et la course poussive de l’équipage se terminent dans une glissade angoissante jusqu’aux crevasse du versant Italien…ça ne veut plus rigoler.
 
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Dominique, Docteur Es Parapente et Aérologie conclu que le vent a du passer à nouveau en Nord, nord Ouest. On range les ailes on remonte les 100m de dénivelé jusqu’au sommet complètement épuisés, ça sent le roussi. Je me vois déjà dormir au refuge du Goûter après une pourtant fantastique journée. Mais, quel pied, Dominique avait 100% raison, au sommet Eole, magnanime nous fait son cadeau de fin de journée. Quelle ambiance, le Mont Blanc pour nous, comme jamais auparavant, je n’avais pu en profiter. La pente est accueillante, l’air est d’huile, comme 3h30 plus tôt quand j’y suis arrivé. Gilles décolle, puis c’est mon tour, tête nue, et main nue, oui, c’est incroyable comme l’air est doux, un gonflage raté, puis la course folle et un cri pour libérer toute la tension de cette journée de dingue. Je twiste les élévateurs pour regarder le déco des Denis, car le pilote de mon frangin est cuit (il s’avouait incapable de redescendre à pied) …je suis loin mais j’aperçois un déco super propre.
 
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Dominique, pas montagnard, mais si sûr de lui quittera le dernier le cône sommital. Quel souvenir pour lui l’enfant du pays, lui qui a vécu à l’ombre du Mont Blanc 30 ans avant de le tutoyer.
Il aura à nouveau les bonnes grâces du géant trois ans plus tard. En effet un certain jour d’août 2003, Dominique parti de Megève avec une Magus, atteindra 4600 mètres en frôlant le sommet et le lendemain, les fameux 7 summiters pour qui il a ouvert la voie du sommet, s’y poseront. Il n’était pas de la partie, mais qu’importe. Il continu à fond dans la discipline se classant dans les tous meilleurs français en compétition et en CFD.
 
Gilles a atteint son Nirvana et revendu son aile, son vario, sa sellette pour se plonger dans la guitare classique. Il dirige maintenant un centre de vacances à St Raphaël
 
Denis Pluvieux est élève moniteur chez Soaring à Luchon
 
Denis Soleil parcours les Pyrénées et le monde à pied
 
Delphine itou Jean-Paul a fait venir de Russie au Costa Rica un ULM Hydravion et ballade les touristes en bord de mer, il exerce toujours en biplace l’été à St Lary
 
Laurent s’est orienté vers le vol de plaine et quand il peut revient à son ancienne passion de paralpiniste !!

Masterpitrou


Date de création : 29/03/2008 : 12:15
Dernière modification : 29/03/2008 : 12:18
Catégorie : Alpes
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Par Laurent Soleil
photos :  galerie Parawing et https://picasaweb.google.com/111119434435114929995
Films : https://vimeo.com/user36431475

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