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2011 - Séjour Speed Riding dans les Hautes Pyrénées

Par laurent Soleil, écrit pour paraître dans la Revue Res'Pyr

«
 
Speed Rando » entre vallées d’Aure, Pays Toy et Bigorre
 
L’inventivité des sportifs n’a pas de limite. Quand ils rencontrent des ingénieurs de talent et à l’écoute il en ressort souvent de belles choses. Ainsi le parapente n’en fini pas de se diversifier et de s’inventer de nouvelles variantes.
Quelques glorieux parachutistes américains s’étaient déjà essayés dans le Montana, au vol au contact du relief avec des ailes de saut, dès 1996. Toutefois, le « Speed Rando » contraction de « Speed Riding » et « Ski de Randonnée » a finalement son berceau dans  les deux principales chaines de montagnes françaises que l’on a tendance à opposer ; entre deux lieux aussi, Chamonix, laboratoire de l’extrême et Soulom, petite commune du Lavedan qui a eu son lot de désillusion industrielle.
 
Cette discipline est née d’une rencontre en 2004, entre Valery Montant, haut savoyard acrobate de l’air, « wing suiter » et parapentiste reconnu (aujourd’hui disparu) et les animateurs des ateliers Pyrénéens Nervures, une PME sise au Pied du Viscos.  Xavier Demoury et Emmanuel Bonte rompus à l’aérodynamique et à la conception des parapentes depuis deux décennies, élaborent alors, le concept des mini ailes. Ainsi, telles des Chrysalides, les ailes « Swoop », s’échappaient en 2006 des mains des couturières hautes pyrénéennes, pour le plus grand bonheur de leurs créateurs. Elles furent déclinées en 10, 14 et 16m², soit une diminution de plus de 50% des surfaces d’une aile de parapente classique. Même si leurs concepteurs et metteurs au point avaient quelques certitudes, bien malin dans le grand public était capable de dire alors ce qui ressortirait de cette créature hybride qui a pris l’air définitivement dans le Val d’Azun et sur le génial « practice » de Caoubère à Barèges. Ni parapente, ni aile de saut, ni aérofrein, un peu tout à la fois aussi.
 
Cinq ans plus tard les principaux constructeurs mondiaux se sont mis dans les rails de Nervures, ont affiné les caractéristiques de ces engins, profitant d’un marché en fort développement. Les stations de ski de tous les continents, les montagnes du monde entier, les falaises ventées de Nouvelle Zélande, la rondeur des collines anglaises, la face sud de l’Aconcagua, la face nord de l’Eiger, ont vu chacun à leur tour défiler ces drôles de machines. Speed Flying, Speed Riding, Speed Rando, skis aux pieds, ou non, avec ses champions, ses images spectaculaires, ses produits dérivés.
 
Pour ma part, la quarantaine passée et pratiquant tous les sports de montagne depuis 1979,  le parapente made in Pyrénées depuis 1987, je me suis naturellement intéressé à cette pratique, mais à mon rythme et à mon niveau. Trois courtes sessions entre 2007 et 2010 encadrées par des moniteurs compétents sur Peyragudes et Saint Lary, puis en mars 2011, l’oiseau est sorti de la volière avec un peu d’appréhension. Les capacités de ces machines sont multiples à condition d’apprivoiser les hautes vitesses (60 à 80 km/h) et les trajectoires inédites tant pour le skieur de randonnée confirmé que pour le parapentiste dégrossi. Il est alors possible d’imaginer des itinéraires et des enchainements irréalisables avec les seuls skis. Survol de pentes sud déneigées pour reprendre pied sur le blanc manteau d’un fond de vallée à l’ombre, évitement d’une forêt ou d’une barre rocheuse par les airs et reprise du contact avec la neige plus loin, plus bas, dégringolade d’une face nord avalancheuse, avant de poser les skis sur une pente moins abrupte et risquée...
 
Ainsi au cours de ce long automne qui n’arrivait pas à se transformer en hiver, mon esprit vagabond a imaginé un cabotage solitaire, revisitant les pentes de ma jeunesse, les montagnes, les vallées convoitées.
 
 
Avec 2.6 kg de toile pliée au fond du sac, quelques friandises, des vêtements chauds, des boissons, des nuits chez l’habitant, du stop, des montées en télésiège, des descentes enivrantes à plein badin, des suées pour des grimpettes en peau de phoque, des glissades dans la poudre légère, des courses de crêtes voile au vent, tracté, bien calé dans sa sellette à parcourir sans efforts des centaines de mètres façon « snow kite ». En attendant cette neige qui ne venait pas, le périple se dessinait. Partant d’Ens en vallée d’Aure, il sautait du Cap de L’aubère aux pentes de la Hourmagerie sur la rive droite de la vallée de la Géla, rebondissait sur le Pic de Piau avant de plonger sur la chapelle d’Héas par le port de Campbiel. Il glissait jusqu’à Gèdre avant de remonter aux Espugettes et au Piménée, pour dévaler sa face ouest qui est en dehors du parc national (respect scrupuleux de la réglementation qui interdit le vol dans le PNPO). Il se prolongeait par une tentative forcément aléatoire et scabreuse du mythique pic du midi de Bigorre avant de basculer skis au pied (pour cause de réserve naturelle interdisant là encore le speed riding) vers le Bastanet. Ce lieu romantique serait l’étape ultime avant d’accéder au Pichaley pour basculer en vallée d’Aure et conclure un retour bien mérité à la civilisation. Ce bout de toile génial, resterait-il au fond du sac ou me ferait-il vivre la magie de ces rares instants en symbiose avec les éléments ?
 
De simple accessoire deviendrait-il pour de furtives secondes gorgées d’adrénaline et de vitesse, le prolongement de mon corps ? Variations de bruits sur les semelles de skis, déport du poids amont /aval, relance, cassure de pente, glissade, courbe, poudre, ombre, saut, froid, envol, soleil, accélération, glace, ressource, « flare ». Le speed rando est une discipline des sens, un feu d’artifice fort mais sans brutalité, ultra rapide mais tout en anticipation et en reflexe.
 
La météo, cruelle, m’a joué des tours et les grosses chutes de neige des 15 et 16 mars 2011, la pluie en moyenne montagne m’ont fait revoir un peu à la baisse mes prétentions. De nombreuses avalanches en altitude m’ont fait prudemment renoncer à un raid solitaire, les terres déneigées en fin de ride ne permettant pas l’enchainement rêvé. J’ai toutefois mis à profit 4 jours d’accalmie, pour faire une partie du parcours et vivre ce que l’hiver ne m’avait pas apporté depuis de nombreuses années, vivant maintenant à 400 km des Pyrénées.
 
Mes rides :
 
Jour 1 Pays Toy - Pic du midi de Bigorre  « Le plus chaud » :
 
Dénivelé : 1150m (650 puis 500m) - 2mn52 puis 3mn50
Descriptif sommaire : Accessible en téléphérique depuis la Mongie ou à peau de phoque depuis Super Barèges. Il est également possible mais plus long d’en faire l’ascension depuis Artigues et le vallon d’Arizés et la Coume de Sencours (1400m de dénivelé).
Le ride se fait en deux tronçons distincts. Le premier face à la chaine des Pyrénées, en tout point grandiose et inoubliable de style plutôt speed flying. Il part sous l’antenne en versant sud et survole le col de Sencours, puis le Lac d’Oncet et son vallon sur lequel on reprend pied. Il vous faudra pousser un peu sur les bâtons sortis du sac avant de retrouver les pentes du deuxième tronçon qui lui, rejoint les pistes de Super Barèges par les pentes voisines de la Cabane de Toué.
 
Variante : Ce massif est par ailleurs d’une très grande richesse pour les speed riders qui pourront si l’enneigement le permet enchainer les 1400 m de dénivelés qu’offre la succession des superbes vallons de Sencours et Arizés. De même les pentes du Taoulet ou du Tourmalet regorgent de rides magnifiques.

  
Jour 2 Vallée d’Aure - Cap de Laubère  « Le plus cool » :
 
Dénivelé : de 1000 à 500 m-3mn
 
Descriptif sommaire : L’accès se fait depuis le village d’Ens et vous laisserez suivant l’enneigement, le véhicule, soit sur le parking voisin du décollage parapente, soit plus bas dans le village. Une agréable montée par l’ardoisière et le mini lac de la Coume vous permettra de prendre pied un peu plus haut, sur cette combe évasée, lieu du Ride convoité. Ne pas prendre la piste qui fait perdre beaucoup de temps.
Surplombée par le Pic de Pichebrou et bordé par la crête de Cupeyroude, la pente est peu raide mais magnifique car en balcon au dessus de la Vallée d’Aure. Votre regard pourra basculer vers le Plateau d’Arsoué. Sensations garanties à la descente, qui se fait très en contact avec la neige.  Le ride s’arrête à flanc de pente à la cote 1650 à moins que la neige couvre suffisamment les pentes en dessous d’Ens et que les performances de votre aile permettent le survol de la forêt d’Artiguemoure, pour un posé sensationnel mais délicat aux granges de Bastère.
 
Variante : En dépassant le Cap de Laubère par les crêtes de Hite Monte en direction du sud-est, il est envisageable de rider les pentes Nord-Est de Cupeyroude jusqu’au Plateau d’Arsoué (1100 m de dénivelé). Ambiance!
 
Jour 3 - Vallée de la Géla  « Le plus sentimental » :
 
Dénivelé : 650 m-3mn20
 
Descriptif sommaire : L’entrée du tunnel de Bielsa dans la vallée de la Saux est le point de départ de la randonnée à ski. Ensuite, direction vallon des Hourquets et les abords du pic des Aiguillettes. La crête du même nom, donne accès vers le nord à la pente de la Hourmagerie et à la splendide vallée de la Géla. Superbe décor menacé par un aberrant et parfaitement inutile projet d’extension de la station de Piau Engaly. Le ride s’y déroule dans de doux vallonnements jusqu’à une cassure de pente qui permet un envol majestueux et un approche facile, avec en « fond d’écran » le cirque de Baroude. Posé extraordinaire et confortable aux cabanes de la Géla. Le retour à pied par la basse vallée de la Géla jusqu’au virage en épingle au-dessus de la chapelle des Templiers est scabreux car dans les pentes très avalancheuses du pic de Bourgade. Il pourra être sage suivant les conditions nivologiques, de remonter aux Aiguillettes et d’enchainer un retour ridé à la voiture laissée au tunnel.
 
Variante : Arrivé aux aiguillettes, les pentes idéales du versant nord du Pic de Port vieux vous tendent les bras. En restant le plus à droite possible pendant le ride vous êtes en dehors du Parc National et le point d’arrivée sera là encore les cabanes de la Géla ou pas loin, avant de remonter par la Hourmagerie, aux aiguillettes et rider le vallon des Hourquets. Une très  belle boucle !
 
 
Petit bilan : Après cette première saison en autonomie, une seule envie m’anime continuer à redécouvrir toutes ces pentes, ces montagnes, muni de ma petite aile de 12.5m². La durée des rides atteste des sensations et aussi des dangers potentiels de ce sport. Préparation physique soignée, formation préalable, connaissance de l’aérologie, de la nivologie, grande habitude du milieu montagnard, progressivité dans la pratique sont les maitres mots. Le Speed Rando Pyrénéen ouvre de nouveaux horizons aux montagnards aguerris, des nouveaux enchainements, malheureusement limités dans la zone du PNPO par un décret généraliste et pas forcément adéquate. Il interdit le survol des montagnes à moins de 1000m du sol. L’innocuité pour la faune et la flore, de ce sport pratiqué uniquement en hiver, me parait être une évidence, au même titre que le ski de randonnée et la raquette. Puissent dans les années à venir les dialogues entamés, aboutir à plus de cohérence.
Je remercie tous ceux qui m’ont conseillé et aidé pour ce beau séjour tels que Stéphane le Clézio (Ecole Air aventure Pyrénées - Barèges), Vincent Walter (Ecole Escapade - St Lary), Xavier Demoury (Nervures Soulom), Marc Boyer (Ecole Soaring – Luchon) ainsi que Denis Soleil, mon frère du bureau des guides de Saint Lary qui m’a permis de garder des traces pixelisées de ces moments rares et magnifiques.

Date de création : 06/11/2011 : 23:09
Dernière modification : 27/11/2011 : 22:41
Catégorie : 2011
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